La plus longue attente d'une augmentation
Le 24 juillet 2009, le salaire minimum fédéral des États-Unis est passé à 7,25 dollars de l'heure. Il n'a plus bougé depuis. En août 2026, cela fait 205 mois, soit plus de 17 ans. Depuis sa création en 1938, ce plancher national n'était jamais resté aussi longtemps sans augmentation.
Le montant en dollars n'a pas changé, mais les prix ont continué de monter. Exprimés en prix d'août 2026, les 7,25 dollars de juillet 2009 valaient 11,28 dollars. Aujourd'hui, ils n'en valent plus que 7,25 : ils ont donc perdu 36 % de leur pouvoir d'achat. Avant cette année, il fallait remonter à 1949 pour trouver un minimum fédéral valant aussi peu, voire moins. Selon cette mesure, de janvier 1950 (entrée en vigueur d'une hausse à 75 cents) à avril 2026, le minimum a valu davantage qu'aujourd'hui chaque mois pour lequel on dispose de données. (La donnée de prix d'octobre 2025 manque, pour la raison expliquée plus bas. En mai 2026, la valeur est même brièvement descendue d'une fraction de cent sous le niveau d'août.)

Comment la comparaison est faite
Deux courbes racontent l'histoire. La première est le taux légal, en dollars de chaque époque : 25 cents en 1938, 1,60 dollar en 1968, 7,25 dollars aujourd'hui. La seconde convertit le taux de chaque mois en dollars d'août 2026, à l'aide de l'indice des prix à la consommation des ménages urbains (CPI-U), la mesure de référence publiée par le Bureau des statistiques du travail américain (BLS) pour suivre ce que paient les ménages. Le taux d'un mois est multiplié par le niveau des prix d'août 2026, puis divisé par le niveau des prix de ce mois-là. Dans tout cet article, « aujourd'hui » désigne août 2026, le dernier mois de données de prix disponible au moment où ces chiffres ont été établis ; la donnée de septembre devait être publiée le 14 octobre 2026. Comme août 2026 sert de base, le chiffre d'aujourd'hui vaut exactement 7,25 dollars. Chaque taux est compté à partir du mois de son entrée en vigueur : ce sont donc des valeurs mensuelles, et non journalières.
Le Bureau des statistiques du travail n'a ni collecté ni publié l'indice d'octobre 2025, pendant la paralysie de l'administration fédérale (le « shutdown ») : ce mois est donc laissé de côté, et la courbe relie directement septembre et novembre.

Des dents de scie, puis de longs gels
Le premier salaire minimum fédéral, fixé par la loi sur les normes équitables de travail (Fair Labor Standards Act) en octobre 1938, était de 25 cents de l'heure, soit environ 5,98 dollars aux prix d'aujourd'hui. À partir de là, la courbe corrigée de l'inflation dessine des dents de scie. Chaque hausse la fait monter d'un coup. Entre deux hausses, la montée des prix la ronge le plus souvent, mois après mois. (Pendant les rares périodes de baisse des prix, elle est brièvement remontée.)
Le sommet a été atteint en février 1968, quand le taux est passé à 1,60 dollar. Cela représentait 15,67 dollars aux prix d'août 2026, le niveau le plus élevé jamais enregistré. Les 7,25 dollars d'aujourd'hui en représentent 46 %.
Après 1968, les hausses sont arrivées par grappes, séparées par de longs gels. Le taux est resté à 3,35 dollars de janvier 1981 jusqu'à son passage à 3,80 dollars en avril 1990, soit 111 mois. Il est resté à 5,15 dollars de septembre 1997 à juillet 2007, soit 118 mois, un record qui a tenu jusqu'au gel actuel. Ce gel a pris fin avec la loi de 2007 sur un salaire minimum équitable (Fair Minimum Wage Act), adoptée dans le cadre d'une loi de dépenses d'urgence signée en mai 2007, qui a relevé le plancher en trois étapes annuelles : 5,85 dollars en juillet 2007, 6,55 dollars en juillet 2008 et 7,25 dollars en juillet 2009. Cette dernière étape est la hausse la plus récente.

Pourquoi il ne suit pas les prix
Le minimum fédéral est un montant fixe inscrit dans la loi, et non une formule. Le département du Travail américain le dit sans détour : le salaire minimum n'augmente pas automatiquement, et pour qu'il monte, le Congrès doit adopter un texte que le président promulgue. Depuis l'entrée en vigueur de la dernière étape de la loi de 2007, en juillet 2009, chaque hausse des prix a été retranchée directement de sa valeur.
Le graphique montre une chronologie, non une cause. Il ne dit pas pourquoi le Congrès n'a pas agi, et cet article non plus.
Là où le plancher fédéral s'applique encore
De nombreux États fixent un taux plus élevé. Lorsqu'un salarié relève à la fois de la loi d'un État et de la loi fédérale, c'est le minimum le plus élevé qui s'applique. Selon le tableau des États du département du Travail, mis à jour le 1er juillet 2026, 30 États et le district de Columbia (le territoire de la capitale, Washington) fixent un minimum de base supérieur à 7,25 dollars ; les plus élevés sont le district de Columbia, à 18,40 dollars, et l'État de Washington, à 17,13 dollars. Dans certains de ces États, le taux plus élevé ne s'applique pas à tous les employeurs, et certaines villes et certains comtés fixent des taux supérieurs à celui de leur État.
Dans les 20 autres États, soit il n'existe pas de salaire minimum propre à l'État, soit celui-ci ne dépasse pas 7,25 dollars : les 7,25 dollars fédéraux constituent donc le plancher pour les emplois couverts par la loi fédérale, hors exceptions prévues par celle-ci. Il s'agit de taux légaux ; le tableau des États ne compte pas combien de personnes les touchent réellement. La Géorgie et le Wyoming, par exemple, affichent un taux d'État de 5,15 dollars, mais les employeurs soumis à la loi fédérale doivent payer 7,25 dollars.
Pour donner un ordre de grandeur : 7,25 dollars de l'heure, à raison de 40 heures par semaine et 52 semaines par an, font 15 080 dollars avant impôts. Certains salariés peuvent légalement recevoir moins en salaire direct. Selon la loi fédérale, un employeur peut ne verser directement que 2,13 dollars de l'heure à un salarié qui reçoit régulièrement plus de 30 dollars de pourboires par mois et les conserve en totalité, à condition que les pourboires portent le total à au moins 7,25 dollars ; sinon, l'employeur doit combler la différence. Certains États fixent leurs propres règles, plus favorables, pour les salariés rémunérés au pourboire, et dans ce cas, ce sont les conditions les plus avantageuses qui s'appliquent au salarié. La loi fédérale prévoit aussi des exceptions plus limitées pour certains jeunes travailleurs, certains étudiants et certains travailleurs handicapés.

Quel crédit accorder à ces chiffres ?
Les taux légaux proviennent du tableau historique du département du Travail et concordent avec sa série mensuelle. Les valeurs corrigées dépendent de l'indice de prix choisi. Avec un autre indice, celui des prix des dépenses de consommation des ménages (PCE) publié par le département du Commerce, qui commence en 1959, l'histoire garde sa forme mais les ordres de grandeur changent. (Cet indice est en outre corrigé des variations saisonnières, contrairement à la série CPI-U utilisée ici.) Février 1968 reste le sommet, mais il vaut 11,83 dollars au lieu de 15,67, si bien que le salaire d'aujourd'hui représente 61 % du sommet, et non 46 %. La perte depuis 2009 est de 32 % au lieu de 36 %. Avec cet indice non plus, aucun mois de 1959 à 2025 n'est descendu aussi bas qu'aujourd'hui. Les chiffres de 15,67 dollars et de 36 % cités dans cet article sont calculés avec le CPI-U.
Une seconde raison invite à prendre les chiffres anciens avec un peu de recul. Le Bureau des statistiques du travail améliore ses méthodes au fil du temps, mais ne révise pas l'indice historique officiel pour y intégrer ces améliorations : les prix des années 1960 et 1970 n'étaient donc pas mesurés comme ils le sont aujourd'hui.
Le champ d'application a lui aussi changé. En 1938, la loi visait surtout les salariés du commerce entre États, et elle a été étendue au cours des décennies suivantes au commerce de détail, aux services, aux hôpitaux, aux écoles et aux exploitations agricoles. La série présentée ici suit le taux applicable aux salariés couverts depuis 1938. En février 1968, les salariés nouvellement intégrés par les amendements de 1966 avaient un minimum plus bas, 1,15 dollar ; leur taux a augmenté par étapes jusqu'en 1978, date à laquelle tous les salariés couverts et non exemptés ont eu le même minimum.

- [US Department of Labor, via FRED: Federal Minimum Hourly Wage for Nonfarm Workers (FEDMINNFRWG)]
- [US Bureau of Labor Statistics, via FRED: Consumer Price Index for All Urban Consumers, all items, not seasonally adjusted (CPIAUCNS)]
- [US Bureau of Economic Analysis, via FRED: Personal Consumption Expenditures Chain-type Price Index (PCEPI)]
- [US Department of Labor: History of Federal Minimum Wage Rates Under the Fair Labor Standards Act, 1938–2009]
- [US Department of Labor: Questions and Answers About the Minimum Wage]
- [US Department of Labor: State Minimum Wage Laws (updated July 1, 2026)]
- [US Bureau of Labor Statistics: 2025 federal government shutdown impact on the Consumer Price Index]
- [US Bureau of Labor Statistics: R-CPI-U-RS, the CPI research series using current methods]







![Sources 8 : fred.stlouisfed.org · [US Department of Labor, via FRED: Federal Minimum Hourly Wage for Nonfarm Workers (FEDMINNFRWG)], fred.stlouisfed.org · [US Bureau of Labor Statistics, via FRED: Consumer Price Index for All Urban Consumers, all items, not seasonally adjusted (CPIAUCNS)], fred.stlo](https://media.cdn.polora.ai/picks/2026/10/pickrun_a092495b0b0f4467/gs21yNcPB9xeAsfv-slide-07--salaire-minimum-aux-tats.jpg)
