Pourquoi les bateaux de croisière battent-ils pavillon des Bahamas, du Panama ou du Liberia ?

Surtout parce que le pavillon américain imposerait des chantiers navals et des équipages américains. Le pays du pavillon répond au premier chef de la sécurité du navire, mais les ports étrangers l'inspectent aussi. Quant à l'impôt américain, il dépend surtout du pays où la société mère est immatriculée.

Économie et entreprises · 2026-10-27

Pourquoi une croisière au départ de Miami doit faire escale à l'étranger

Une croisière d'une semaine au départ de Miami, de Seattle ou d'un autre port américain fait presque toujours escale à l'étranger : à Cozumel au Mexique, à Nassau aux Bahamas ou à Victoria au Canada. Cette escale tient en partie à une obligation légale.

Une loi américaine de 1886, le Passenger Vessel Services Act, interdit à un navire de transporter des passagers d'un port américain à un autre s'il n'appartient pas à des Américains et n'est pas enregistré pour le cabotage le long des côtes des États-Unis. Pour obtenir cet enregistrement, le navire doit avoir été construit aux États-Unis et battre pavillon américain. Presque aucun grand navire de croisière ne remplit ces conditions.

Un navire sous pavillon étranger qui quitte Miami et y ramène ses passagers fait donc escale dans un port étranger en chemin. Les croisières en Alaska qui partent de Seattle et y reviennent s'arrêtent en Colombie-Britannique pour la même raison. Cette escale ne rend pas pour autant tous les itinéraires légaux. Les règles douanières américaines distinguent les ports étrangers proches des ports éloignés, et une escale dans un port proche ne suffit généralement pas à permettre à un passager d'embarquer dans un port américain puis de quitter définitivement le navire dans un autre. Ce qui compte, c'est l'endroit où chaque passager monte à bord et celui où il en descend.

Le seul grand navire de croisière sous pavillon américain

Il existe une exception de taille. Le Pride of America, de la compagnie Norwegian Cruise Line, navigue entre les îles d'Hawaï sans jamais faire escale à l'étranger. Il le peut parce qu'il bat pavillon américain. Une disposition taillée sur mesure pour cette desserte d'Hawaï a permis d'achever le navire dans un chantier étranger tout en l'enregistrant aux États-Unis. Il ne s'agissait pas d'une exception générale pour les navires de croisière construits à l'étranger.

Le rapport annuel de la compagnie montre ce qu'implique ce pavillon. Le navire relève d'administrations américaines, dont les garde-côtes, l'agence fédérale chargée des aliments et des médicaments et le ministère du Travail, et ses revenus sont soumis à l'impôt sur le revenu fédéral comme à celui des États. La loi américaine exige aussi que le commandant et les officiers d'un navire sous pavillon américain soient de nationalité américaine, et sur un navire à passagers américain, au moins 75 % des membres d'équipage sans brevet d'officier doivent être citoyens américains ou résidents permanents des États-Unis.

Voilà, tout simplement, pourquoi si peu de navires de croisière partant de ports américains battent pavillon américain. Pour un navire qui transporte des passagers entre deux ports des États-Unis, ce pavillon emporte avec lui chantiers, équipages et règles américains.

Ce que décide vraiment le pavillon d'un navire

Chaque navire est immatriculé dans un pays, appelé son État du pavillon. En droit international, c'est cet État qui porte la responsabilité principale du navire, où qu'il navigue et quels que soient la nationalité de son propriétaire ou son port d'attache. Cette responsabilité couvre la certification ainsi que les questions techniques, administratives et sociales qui le concernent. L'État du pavillon n'est toutefois pas la seule autorité. Les conventions internationales s'appliquent, et les pays dont le navire visite les ports peuvent eux aussi l'inspecter.

Le rapport annuel de Carnival pour son exercice 2025 indique que ses navires battent pavillon des Bahamas, des Bermudes, de l'Italie, des Pays-Bas, du Panama et du Royaume-Uni. Il précise que ces États du pavillon encadrent la santé, l'environnement, la sécurité et la sûreté des passagers, des équipages et des navires au moyen des conventions internationales, et que leurs propres inspecteurs en contrôlent le respect.

Les navires de Royal Caribbean sont immatriculés aux Bahamas, à Chypre et à Malte, ainsi qu'en Équateur pour ceux qui naviguent aux Galápagos. Ceux de Norwegian le sont aux Bahamas et aux îles Marshall, à l'exception du Pride of America.

Un nom manque à l'appel. Le Liberia, l'un des trois pays que l'on cite spontanément, n'apparaît pas dans les listes de pavillons que ces trois compagnies donnent dans leurs rapports. Ce constat porte sur ces documents ; il ne prouve pas qu'aucun navire de croisière au monde ne bat pavillon libérien. Le Liberia ressurgit ailleurs.

L'exonération d'impôt suit la société, pas le pavillon

Beaucoup pensent que les navires de croisière sont immatriculés au Panama ou aux Bahamas pour échapper à l'impôt. Dans les rapports des trois grandes compagnies de croisière cotées à New York, l'exonération d'impôt américain sur leurs revenus maritimes dépend d'un autre choix : le pays où la société mère est immatriculée.

La section 883 du code fiscal américain exonère les revenus qu'une société étrangère tire de l'exploitation internationale de navires, sous deux conditions qui nous intéressent ici. Le pays où la société est constituée doit accorder la même exonération aux compagnies maritimes américaines, et les actions de la société doivent s'échanger régulièrement sur un marché établi comme la Bourse de New York. Ces critères portent sur la société, non sur le pavillon du navire.

Royal Caribbean, dont le siège est à Miami, est une société de droit libérien, et son rapport indique qu'elle et ses filiales propriétaires de navires remplissent les conditions de la section 883 parce qu'elles sont immatriculées au Liberia. Norwegian Cruise Line Holdings est une société bermudienne et invoque la même exonération au titre des Bermudes. Carnival était une société de droit panaméen jusqu'au 7 mai 2026, date à laquelle elle a achevé le transfert de son siège juridique aux Bermudes pour devenir Carnival Corporation Ltd., tout en gardant son siège opérationnel à Miami. Son rapport annuel 2025 a été déposé avant ce transfert.

Dans cette histoire, le Liberia et le Panama figurent donc surtout comme pays d'immatriculation de compagnies de croisière, et non comme pavillons peints à la poupe. L'immatriculation ne règle pas non plus à elle seule toutes les questions fiscales. Le rapport de Norwegian indique que les revenus de son navire sous pavillon américain sont imposés aux États-Unis. Les règles du Trésor américain précisent que la vente ou l'organisation d'excursions à terre d'une journée ne relève pas de l'exploitation internationale de navires, si bien que ces revenus échappent à l'exonération. Le traitement fiscal des revenus d'une société dépend toujours de sa situation propre.

Pavillon du navire et siège juridique de la société : deux choix distincts · Pavillon des navires et pays d'immatriculation de la société mère, d'après le rapport annuel 2025 de chaque compagnie · Compagnie · Pavillon des navires · Pays de la société mère · Carnival · Royal Caribbean · Norwegian · B
Pavillon des navires et pays d'immatriculation de la société mère, d'après le rapport annuel 2025 de chaque compagnie

Pourquoi le Liberia et le Panama dominent malgré tout la marine marchande

Les pays cités dans la question ne doivent rien au hasard. Les registres qui acceptent des navires dont les propriétaires sont établis ailleurs, appelés registres ouverts ou pavillons de complaisance, dominent l'ensemble de la marine marchande. Au 1er janvier 2025, selon l'Étude sur les transports maritimes 2025 de la CNUCED, l'organe des Nations unies chargé du commerce et du développement, les navires sous pavillon libérien représentaient 17,4 % de la capacité de transport mondiale, ceux du Panama 15,2 % et ceux des îles Marshall 12,5 %, soit 45,1 % à eux trois.

Ces chiffres mesurent l'ensemble de la flotte marchande en port en lourd, c'est-à-dire à peu près la quantité de marchandises qu'un navire peut transporter, et penchent donc surtout du côté des navires de charge : pétroliers, vraquiers, porte-conteneurs. Ce ne sont pas des chiffres de la croisière, et ils ne permettent pas de savoir combien de navires de croisière battent pavillon libérien ou panaméen. Dans les rapports des compagnies de croisière elles-mêmes, le seul pavillon commun aux trois est celui des Bahamas.

Trois registres ouverts totalisent 45,1 % de la capacité mondiale · Part de la capacité de transport de la flotte marchande mondiale (port en lourd) par pavillon, au 1er janvier 2025 · Liberia · Panama · Îles Marshall · 17.4% · 15.2% · 12.5% · Autres pavillons · Chiffres de la CNUCED pour toute la f
Part de la capacité de transport de la flotte marchande mondiale (port en lourd) par pavillon, au 1er janvier 2025

Le prix du billet n'est qu'une partie de ce que rapporte une croisière

Le modèle économique comporte encore un étage, que l'on voit rarement. Le rapport annuel de Carnival pour son exercice 2025 indique que 34 % de ses revenus de croisière provenaient des biens et services vendus à bord et ailleurs : boissons, accès à internet, casino, spa, excursions à terre, restaurants de spécialités, boutiques et photos. Soit environ 9,2 milliards de dollars.

Une bonne partie de ces prestations peut s'acheter avant l'embarquement, à l'unité ou en forfait. D'après ce rapport, les billets représentaient à peu près les deux tiers restants de ce que rapporte une croisière.

Un tiers des revenus de croisière de Carnival ne vient pas des billets · Revenus de croisière de Carnival sur l'exercice 2025, par source · À bord et autres · 34% · Billets, environ deux tiers · À bord et autres : boissons, internet, casino, spa, excursions, restaurants, boutiques et photos, soit en
Revenus de croisière de Carnival sur l'exercice 2025, par source

Deux choix légaux, souvent confondus en un seul

Immatriculer ses navires à l'étranger et immatriculer sa société mère à l'étranger sont deux choix légaux, que les compagnies décrivent ouvertement dans leurs rapports. Ce sont deux décisions distinctes, qui ne portent pas sur les mêmes choses.

Le pavillon détermine quel pays porte la responsabilité principale de la sécurité, de la certification et des règles d'équipage d'un navire, et un navire qui ne bat pas pavillon américain échappe aux exigences américaines en matière de construction et d'équipage. Il n'en est pas moins inspecté dans les ports où il fait escale, y compris aux États-Unis. Le pays où la société mère est immatriculée, lui, pèse lourd quand il s'agit de savoir si ses revenus maritimes internationaux échappent ou non à l'impôt américain. Le pays inscrit à la poupe dit qui répond au premier chef du navire. Il ne dit pas où la compagnie paie ses impôts.

Pourquoi les bateaux de croisière battent-ils pavillon des Bahamas, du Panama ou du Liberia ?Pourquoi tant de paquebots sous pavillon du Panama, du Liberia ou des Bahamas ?Pavillon américain : chantier, équipage et règles US. · Entre deux ports américains, un navire à passagers doit être construit aux États-Unis et battre leur pavillon. Presque aucun grand paquebot ne l'est. L'exception : le Pride of America, à Hawaï.Le Liberia est absent des pavillons des trois grands de la croisière. · Carnival, Royal Caribbean et Norwegian immatriculent toutes des navires aux Bahamas. Ce constat porte sur leurs rapports ; il ne prouve pas qu'aucun paquebot ne bat pavillon libérien.L'exonération d'impôt suit la société, pas le pavillon. · Chez les trois grandes compagnies de croisière cotées à New York, l'exonération d'impôt américain sur les revenus maritimes dépend du pays où la société mère est immatriculée.Où est immatriculée la société mère de chaque compagnie · Royal Caribbean, siège à Miami : Liberia · Norwegian Cruise Line Holdings : Bermudes · Carnival : Panama jusqu'au 7 mai 2026, puis Bermudes※ registres ouverts : registres acceptant des navires de propriétaires établis ailleurs · Liberia · Panama · Îles Marshall · 17.4% · 15.2% · 12.5% · Autres pavillons · Trois registres ouverts totalisent 45,1 % de la capacité mondiale · Part de la capacité de transport de la flotte marchande mondialeLe pays inscrit à la poupe dit qui répond au premier chef du navire. · Il ne dit pas où la compagnie paie ses impôts.Sources 19 : law.cornell.edu · 46 U.S. Code § 55103, Transportation of passengers, law.cornell.edu · 46 U.S. Code § 12112, Coastwise endorsement, law.cornell.edu · 19 CFR § 4.80a, Coastwise transportation of passengers + 16À lire en entier sur · polora.ai

Why are so many cruise ships registered in Panama, Liberia or the Bahamas?

Alpha · deepseek-v4-pro

The short version: these are open registries — often called “flags of convenience” — and a ship’s flag is its governing legal jurisdiction. For cruise ships, the reason not to fly the US flag is mainly operating cost and legal constraint, not simple tax avoidance. 1. A US flag drags in US-built ships and US crews. Under the Passenger Vessel Services Act, 46 U.S.C. § 55103, a foreign-flagged ship cannot carry passengers from one US port to another unless it is US-owned and holds a coastwise endorsement. Getting that endorsement requires the vessel to be built in the United States (46 U.S.C. § 12112). On top of that, US-documented passenger vessels must have American officers and a crew made up mostly of US citizens or lawful permanent residents (46 U.S.C. § 8103). Almost no modern large cruise ship is built in the US, and most are crewed by international workers at non-US wage scales. That is why a cruise from Miami or Seattle that is foreign-flagged must call at a foreign port — Nassau, Cozumel, Victoria — so the voyage becomes “international” rather than domestic coastwise trade. 2. The flag decides whose rules apply on board. Panama, Liberia and the Bahamas are open…

Beta · gpt-6-sol

The main reason is that a ship’s flag and its owner’s home country need not be the same. Open registries let cruise operators register ships abroad. The flag state has primary responsibility for the ship’s certification and enforcement of international maritime rules, while its crewing rules can differ from those for a US-documented ship. That can give an operator more flexibility over how it builds and staffs its fleet. It does not mean the ship escapes safety rules: international conventions apply, and countries whose ports it visits can inspect it too. (imo.org) For cruises involving US ports, a second distinction matters. US law generally reserves transportation of passengers between US ports to vessels qualified for the coastwise trade. A coastwise endorsement ordinarily requires a US-built vessel; US-documented vessels also face citizenship requirements for key officers and crew, subject to statutory exceptions. A foreign-flag ship can instead run an itinerary that meets the rules for calling abroad. But the details matter: a nearby forei…

Gamma · gemini-3.1-pro

I have reviewed the manuscript and checked the specific items requested by the editor. Here is what I found regarding the claims, the required fact-checks, and the manuscript's overall premise. 1. Pride of America’s crewing requirements The manuscript claims the ship must carry American officers and a mostly American crew. This is supported by 46 U.S.C. § 8103, which mandates that only a citizen of the United States may serve as master, chief engineer, or officer on a documented vessel, and that at least 75 percent of the unlicensed seamen on a U.S. passenger vessel must be U.S. citizens or permanent residents. *Source: https://www.law.cornell.edu/uscode/text/46/8103* 2. Pride of America’s foreign shipyard exception The manuscript correctly notes that a special provision allowed the ship to be finished abroad and still fly the U.S. flag. This is found in the "Hawaii Cruise Ship Provision" of the Consolidated Appropriations Resolution, 2003 (Public Law 108-7, Section 211, 117 Stat. 79), which explicitly allowed two partially completed ships contracted in a U.S. yard to be completed outside the U.S. and documented under the U.S. flag for Hawaii service. *Source: https://w…

Researcher · gpt-6-luna

Researcher’s fact-check Bottom line: The manuscript’s central distinction holds: registering a ship and incorporating its parent company are separate choices with different legal effects. The draft does, however, overstate what a foreign port call does under U.S. law, and its “the flag decides whose rules apply” language needs qualification. Claims checked - Open registries and flag-state responsibility: The IMO explains that an open registry allows ships owned or controlled by foreigners to fly that country’s flag. Under international law, the flag state is responsible for exercising jurisdiction and control over its ships, including on administrative, technical and social matters. That does not mean the flag state supplies every law that could apply: port-state rules and other applicable national or international requirements can also matter. Address: https://www.imo.org/en/ourwork/legal/pages/registration-of-ships-and-fraudulent-registration-matters.aspx Address: https://www.imo.org/en/ourwork/iiis/pages/survey-verification-certification.aspx - The Passenger Vessel Services Act (PVSA): The law bars carrying passengers between U.S. coastwise por…

The Arbiter · gpt-6-sol

The voices agree on the manuscript’s central distinction: a ship’s flag and its parent company’s place of incorporation are separate choices. The Researcher found support for that distinction in the company filings and the shipping-tax rules. The remaining question is how carefully the manuscript describes what each choice does. The clearest correction concerns foreign port calls. The manuscript’s Miami-to-Miami example is not a rule for every itinerary. Under the passenger-transport regulation, a call at a *nearby* foreign port does not generally allow a passenger to board at one US port and finish at another. The wording should follow the passenger’s actual embarkation and disembarkation, rather than say that a foreign stop simply makes the voyage lawful. (law.cornell.edu) There is also a meaningful difference in emphasis. Alpha and Gamma stress the costs and constraints associated with US-flag operation; Beta and the Researcher stress that foreign-flagged does not mean unregulated. The strongest challenge to the manuscript’s angle is its suggestion that the flag alone determines the law aboard or re…

The Arbiter's Final Verdict · gpt-6-sol

Verdict The manuscript’s central premise stands, but its opening answer is too categorical. Cruise operators use foreign registries because they allow ships owned elsewhere to fly their flags and offer flexibility in shipbuilding, crewing and operation. A US-flagged ship seeking to carry passengers between US ports ordinarily needs a coastwise endorsement, which generally requires US construction; US-documented passenger ships also face citizenship rules for officers and crew. But a foreign flag does not put a ship beyond safety regulation or US port inspections. (IMO; 46 USC §§ 12112, 8103) The question’s three countries need separating. In the cited filings, the Bahamas is a flag used by all three major cruise groups. Panama appears among Carnival’s ship flags, while Liberia appears as Royal Caribbean’s *place of incorporation*, not in the three groups’ disclosed flag-state lists. Liberia and Panama’s prominence in world shipping is real, but UNCTAD’s fig…